Écrit par Coralyne Bienvenu
Il n'y a pas plus local!
Ce dont Camille est la plus fière, c’est probablement de la certification “Fabriqué au Québec”. Dès le départ, elle a imaginé ses bijoux, conçus à la main dans son propre atelier. “Je dirais qu’il y a peut-être 95% des bijoux fabriqués complètement ou presque complètement ici”. Alors quand la certification est apparue, c’est devenu une marque de reconnaissance importante pour son travail. Camille la voit comme un outil de communication majeur pour ses client·es. Ce simple logo authentifie que le produit a été fabriqué ici.
Le design de la boutique Camillette a été imaginé en toute transparence, ouvrant directement sur les ateliers: “C'est important qu’on nous voit travailler.”. Cet aménagement est une preuve concrète que les bijoux sont faits sur place. Sur le site, la tâche est plus difficile, le logo y a alors toute son importance.
“Je veux aussi faire rouler l’économie du Québec, donc pour moi c’est important d’engager ici, de redonner de l’argent d’une certaine manière à d’autres entreprises locales”.
Ce projet très personnel, Camille l’a construit pour répondre à un appel: celui de la joaillerie. Elle n’imaginait pas un jour être capable d’en vivre et encore moins de donner un travail à quelqu’un. Pourtant, cela fait maintenant 10 ans que la marque existe et 5 ans qu’Evelyne travaille à ses côtés, faisant une très grande partie de la production et des ateliers en boutique. 
“Il y a plein de choses que je pourrais faire pour grossir la production, grossir le chiffre d'affaires. Je n’ai pas l’intention d’envahir le monde avec les bijoux Camillette.”
Tôt dans ses études de design industriel, Camille savait qu’elle ne travaillerait pas dans une grande entreprise. Elle m’explique leur fonctionnement: “Là je dis n’importe quoi mais imaginons être recrutée chez Ikea et puis faire du design de meuble qui va être répliqué à des milliards d’exemplaires. Ça ne me tentait pas de participer à ça.”. Parallèlement au design, son cursus en développement durable est venu teinter les valeurs de Camillette pour en faire une entreprise engagée.
La Joaillerie: une industrie très polluante
Extraction des matières premières, destruction du paysage, utilisation d'énormes quantités d’eau, pollution des sols, conflits armés et exploitation de la main-d'œuvre, ce secteur est encore trop peu contrôlé. “Il y a un gros problème de transparence sur cette chaîne-là. C’est sûr qu’au Canada, les conditions de vie sont relativement bien, c’est beaucoup plus dur de faire ce suivi-là dans d’autres pays. Il est particulièrement difficile de retracer la provenance des pierres, par exemple.”
Consciente de son impact environnemental, la créatrice essaie de le minimiser au maximum grâce à une production raisonnée. Sa réflexion conduit Camille jusqu’à repenser la seconde vie des matières utilisées. Cela ne vient pas sans ses propres enjeux! En joaillerie, certaines matières sont difficiles à recycler, entre autres les métaux plaqués. Aujourd'hui encore, on ignore comment leur donner une seconde vie. Pourtant il n’est pas difficile de recouler l’or et l’argent, mais dès qu’il s’agit de métaux mélangés, cela devient très complexe.
“Je suis sûre qu’il y a quelque chose à faire avec ça, mais quoi, je ne sais pas encore… Atelier B travaille beaucoup là-dedans, ils sont inspirants dans leur démarche de récupération et de réutilisation.”. Leurs actions positives ouvrent les portes à d’autres entreprises tous secteurs confondus. “Je ne pense pas que je vais atteindre leur niveau, mais si je peux essayer de faire quelque chose, je vais le faire.”
Une amélioration constante
“C’est clair que je veux améliorer plein de choses, je veux toujours essayer de faire le meilleur produit possible, de la meilleure qualité à un prix abordable.”
Malheureusement, le coût des matières premières augmente et le pouvoir d’achat ne suit pas. En ce moment, 1 g d’or blanc de 10 carats coûte 86,19 $. Ce qui représente une augmentation de 60 % en moyenne pour l’or sur un an et pour l’argent les chiffres sont encore plus importants. L’impact s’est directement traduit par une augmentation des prix à trois reprises chez Camillette. “Je n’ai pas eu le choix, sinon c’est moi qui paie. Si je ne le fais pas, Camillette ne peut plus vivre.”
La gestion du temps aussi est un axe d’amélioration avec lequel la créatrice apprend à composer. Depuis qu’elle est entrepreneure, Camille passe beaucoup moins de temps à son banc à faire des choses de ses mains que derrière son ordinateur à remplir des documents, répondre à des courriels et payer des factures. Cependant, pour améliorer sa technique et expérimenter, il n’y a pas d’autre choix que de prendre le temps. Cela requiert plusieurs heures avant de maîtriser une nouvelle technique. Ce qu’elle veut à tout prix éviter: devenir esclave de son entreprise. Alors pour reprendre le contrôle, la fondatrice de Camillette envisage de plus en plus la semaine de 4 jours.
“Prendre des décisions stratégiques pour l’entreprise est difficile. L’enjeu est toujours d'essayer de garder une balance en faisant des choix que j’ai moins envie de faire mais qui sont nécessaires pour le bien-être économique de la compagnie, et d’autres que je fais par passion et par conviction, parce que ça me fait vraiment triper.”
«Engagé·es et vous?» est une campagne de sensibilisation aux enjeux de création locale. Nous partons à la rencontre des créateur·ices avec lesquelles nous collaborons pour en apprendre plus sur leurs engagements. Production locale, savoir-faire, écoresponsabilité, féminisme, entrepreneuriat, iels nous ont partagé leurs combats. Reste par ici pour en découvrir les prochains témoignages!
